La cité des ânes

Avec 6000 ânes pour 24000 habitants, l’île de Lamu au large du Kenya détient certainement un record mondial. Cette situation est due à l’étroitesse des rues, dans lesquelles aucun véhicule ne peut passer. On ne trouve d’ailleurs que deux voitures sur l’île, dont celle du refuge où l’on prend soin des ânes. Ces quadrupèdes font ici partie du paysage et servent de monture ou de bête de somme. Lamu est aujourd’hui la plus vieille ville habitée du Kenya. Située au bord de l’océan Indien, la petite citée a conservé sa civilisation millénaire et son charme d’autrefois. Dans ses ruelles étroites, l’influence musulmane y est présente à chaque instant, et il n’est pas rare de rencontrer des hommes avec de longues tuniques ou des femmes vêtues de noir et voilées, l’architecture a conservé son charme d’orient avec ses maisons ornées de magnifiques portes de bois ciselées.

Les ânes de Lamu ont un sanctuaire, fondé en 1987 par le Fonds international pour la protection des ânes, qui leur prodigue des soins médicaux gratuits, un abri et un programme bisannuel de déparasitage a été mis en place. Il recueille également des ânes éreintés par le travail pour qu’ils finissent leurs jours dans cette retraite paisible. La journée d’un âne à Lamu commence par le transport des denrées alimentaires de la rue principale aux boutiques. Puis ils sont chargés des matériaux de construction où la corvée se poursuit jusqu’à 10 heures du matin, moment où on les laisse paître et se retrouver entre eux. Après une pause bien méritée, le maître revient pour les ramener en ville où les attendent d’autres tâches. Ils travaillent jusqu’au crépuscule, après quoi ils retournent à leur refuge. En plus de leur dur labeur, les ânes de Lamu effectuent des tâches humanitaires. Ils servent d’ambulances pour transporter les malades, mais participer aux mariages reste cependant la tâche la plus prestigieuse de ces bêtes de somme dans la ville de Lamu.

©Jonathan Fontaine