Les Amazighs du Haut Atlas

Nous sommes en 2963 apr. J.-C. selon le calendrier amazigh ou plus connu sous le nom de Berbère, un peuple qui revendique une présence vieille de 5000 ans au Maghreb. Courageux guerriers des montagnes, ils surent résister avec succès à l’invasion romaine et arabe ainsi qu’au pouvoir central des sultans marocains. Ils eurent un rôle majeur dans la lutte contre la colonisation française et espagnole.

Aujourd’hui, soixante pour cent des Marocains sont d’origine berbère. Éparpillée un peu partout dans le pays, une grande partie est restée vivre dans les montagnes du haut Atlas marocain. Une vie très rude pour ces villageois isolés particulièrement pendant les périodes d’hiver.

Au coeur de la vallée du Zat, une zone encore vierge du tourisme, les villages berbères encastrés dans la roche dessinent le paysage. En partant de Tighdouine après trois heures de jeep chargé de dix personnes et de ravitaillement en fruits, légumes, engrais, et valises en tout genre, nous arrivons au village d’Ansa. Là, avec Omar mon guide Berbère nous rejoignons Anamén, le dernier et plus haut village de la vallée. Le chef du village est un ami de Omar, il accepte donc de nous héberger pour quelque temps. Il est très difficile de photographier les habitants et particulièrement les femmes. C’est donc avec l’accord d’Ali, le chef du village que j’ai pu photographier les habitants.

Les femmes et les enfants sont présents dans le village et les plantations mais les hommes sont peu nombreux, pour la plupart ils sont partis rejoindre les grandes villes pendant plusieurs mois afin de rapporter de l’argent à leurs familles, car dans ces zones isolées la vie économique est inexistante. Cependant et malgré la zone aride, ils développent un peu l’agriculture des plantes médicinales, du blé et récoltent les noix en octobre. Toutes ces tâches sont accomplies principalement par les femmes qui courageusement et malgré leur âge avancé continuent de porter de lourdes charges sur leur dos tout en remontant et escaladant le village-montagne. Les rares hommes qui sont au village ont environ 50 ans et c’est à leurs enfants de partir pour les villes afin d’y travailler et d’aider leur famille. Le village est comme figé dans le temps et mis à part quelques fils électriques qui amènent le courant depuis seulement 4 ans, le village a su garder une authenticité frappante.

Le 20 aout 1994, le roi Hassan II prend la décision de faire rétablir la langue berbère à l’école primaire. Cette loi ouvre la voie, dans l’ensemble du Maghreb, à une réparation historique à l’égard de la communauté berbère, dont la culture, l’identité et les droits ont été longtemps méprisés. Partout, les associations se multiplient, les revendications se précisent, les avancées s’accumulent, au point que beaucoup n’hésitent plus à parler d’une véritable renaissance berbère.

©Jonathan Fontaine