Les bombes secrètes du Laos

Pendant la guerre du Vietnam, les Vietcong ont pris l’habitude de traverser la frontière avec le Laos au nord du Vietnam pour pouvoir soit se ravitailler, soit descendre dans le sud du Laos pour traverser à nouveau la frontière et rejoindre le centre du Vietnam. Les Américains ont donc commencé à bombarder le Laos pour toucher les Vietcong. Le Laos étant un pays neutre, cette guerre a été menée dans le plus grand des secrets et sans l’accord du Congrés américain.
Avec plus de 2 millions de tonnes d’artillerie déployées entre 1964-1973, le Laos est devenu le pays le plus bombardé de l’histoire soit en moyenne une bombe de B-52 lâchée toutes les 8 minutes pendant 9 ans. Les bombardiers américains ont déversé plus de bombes sur le Laos durant cette période que le total des frappes aériennes de toute la Seconde Guerre Mondiale.

Dans la province de Xieng Khouang le paysage a les cicatrices de ses intenses bombardements. La nature a repris le dessus comme pour oublier ce qui s’est passé. Pourtant  25 % des villages sont contaminés par des bombes qui n’ont pas explosées, appelé localement des  » bombies « , la guerre n’est pas finie pour eux et elle est présente dans leur quotidien. Le « village de bombes » en est l’exemple le plus frappant, les anciens obus y sont maintenant recyclés et utilisés comme fondation pour les maisons, les clôtures et parfois pour les jardinières. Le plus grand danger actuellement reste l’artillerie non exposée (UXO) qui entoure les villages. A Phonsavan une ONG le MAG (Mines Advisory Group) essaie de déminer le terrain afin de permettre aux habitants de cultiver leur terre et aux enfants de jouer sans avoir peur d’un accident, mais le nettoyage est lent et les moyens financiers du Laos ne permettent pas une avancée plus rapide. Les habitants prennent maintenant des risques inconsidérés pour aller déterrer les bombes afin de vendre le métal ou de les recycler en fabricant des objets en aluminium comme des cuillères, ouvres bouteilles, bracelets.
Quelques ONG locales vont dans les villages pour sensibiliser et informer les habitants des risques quotidiens afin d’éviter les accidents.

Plus de 34,000 personnes ont été tuées ou blessées par des munitions non explosées depuis la fin des bombardements en 1973, avec près 300 nouvelles pertes humaines au Laos chaque année. En ce moment, moins de 1 % des UXOS ont été déminés, le danger est partout. Environ 40 % des accidents entrainent la mort et 60 % des victimes sont des enfants.

©Jonathan Fontaine