Rohingyas, les prisons à ciel ouvert

Depuis des décennies l’ethnie Musulman des Rohingyas est otage de l’Etat d’Arakan en Birmanie. Ce peuple apatride a qui ont a retiré la citoyenneté en 1982 vie dans la terreur et la persécution. En juin 2012, trois Rohingyas sont accusés du viol  d’une femme Bouddhiste ce qui provoque une vague de violence tuant depuis plus de 180 personnes. Des dizaines de milliers de maisons Rohingyas sont brulées et détruites. Ils deviennent alors réfugiés et sont parqués de force dans des camps sans liberté d’en sortir.

Au sein de la ville de Sittwe, 7000 Rohingyas sont restés dans le quartier musulman. A deux rues de l’avenue principale, je rencontre plusieurs points de contrôle militaire avec barrage et barbelés qui me laissent passer et pénétrer dans un autre univers, celui du quartier prison d’Aung Mingalar.Rohingias

 

Très rapidement je rencontre Mohamed Sa-ed, un Rohingyas prisonnier du quartier. «Nous sommes retenue ici contre notre volonté et la nourriture se fait rare, nous avons faim». A travers les rues à moitié détruites, je trouve une population qui tente de survivre. Un groupe de Rohingyas est en train de reconstruire le sol de la rue pour permettre un meilleur passage des charrettes et brouettes. Mohamed m’emmène là où était sa maison familiale il y a six mois « les Rakhines extrémistes ont tout brûlé et les engins de démolition militaire sont venus raser complètement ce qui en restait ». Près des ruines, une mosquée et une école abandonnées longent le quartier à côté d’un autre barrage militaire. «Nous n’avons plus accès à nos mosquées pour prier et les enfants sont interdits de rentrer dans les écoles » seul reste la mosquée au coeur d’ Aung Migalar dans laquelle s’entassent les Rohingyas. La vie du quartier est très tendu et statique , il n’y plus de commerce ouvert, les femmes veillent sur les enfants et les hommes attendent dans la peur «nous n’avons plus le droit de travailler, nous avons peur d’une autre attaque et nous ne pouvons pas nous défendre».  A côté de la mosquée, j’aperçois beaucoup de tombes « depuis le conflit nous ne pouvons plus enterrer nos morts dans le cimetière musulman, la plupart de ces personnes étaient blessées ou dans un grand besoin médical»
Les organisations humanitaires ont beaucoup de mal à travailler sur le terrain et ont dû diminuer leurs effectifs car la sécurité n’est pas assurée et des menaces ont été proférées à mainte reprises. Afin de mieux contrôler la population un couvre feu a été instauré a 22h dans la ville de Sittwe et 20h dans la ville de Mrauk U.
Mohamed m’explique que beaucoup de Rohingyas sont séparés de leurs familles et ont été déportés dans des camps de réfugiés situés à l’extérieur de la ville où plus de 50 000 Musulmans s’entassent dans des tentes.

 

Sur la route de Bumay qui mène aux camps je croise encore plusieurs barrages armés qui retiennent tous les réfugiés. Sur le côté un long mur surplombé par des barbelés sépare les camps de l’université et vous immerge dans le monde captif des Rohingyas. En pénétrant dans les camps, je retrouve des terres arides à perte de vue parsemées de tentes envoyées en aide par les Emirats Arabes. Autour de moi beaucoup d’enfants vivants dans la poussière souvent sans vêtements près de leurs familles. Je rencontre Prince Muhamed également séparé de sa famille qui se  trouve à Sittwe «nous avons tout perdu, il ne nous reste que nos vies»
Dans certains camps se trouve des bâtiments préfabriqués où des familles de 7 personnes s’entassent dans des petites pièces de 3 m2 mais ces constructions sont loin d’être suffisantes pour ces dizaines de milliers de réfugiés. Dans d’autres camps ce sont des tentes de paille et de bambous qu’ils ont fabriquées dans lesquelles se sont installées les familles.
Les conditions d’hygiène sont catastrophiques « il n’ y pas de médecin, les autorités refusent de laisser travailler les organisations humanitaires » me confie Prince « Ils vont nous laisser mourir avec le temps». Il n’y a plus d’éducation pour les enfants mais quelques professeurs tentent de maintenir les bases scolaires. « Je pense qu’ils veulent rendre les futures générations analphabètes afin de mieux nous contrôler» me dit un professeur en colère.
Autour des camps, les hommes travaillent aux champs « nous cultivons la terre car nous savons déjà qu’il n’y aura pas de relocalisation du gouvernement, ils veulent nous laisser ici». Les aides humanitaires fournissant du riz sont très insuffisantes, le partage de la nourriture est difficile et tendu  car parfois il n’y a tout simplement aucun approvisionnement. A travers tous les camps, les femmes, les enfants, les nouveaux nés sont les plus touchés par les maladies et la malnutrition, beaucoup n’ont pas survécu depuis les premiers déplacements en juin 2012. 200 Musulmans auraient perdu la vie mais selon les Rohingyas le nombre est bien plus important «beaucoup de personnes ont disparu, nous ne savons pas si ils sont morts»

Les viols, les arrestations arbitraires ont toujours été le risque quotidien de ce peuple considéré par l’ONU comme l’ethnie la plus persécutée au monde. La junte Militaire n’a jamais caché sa profonde xénophobie envers les Rohingyas où plusieurs nettoyages ethniques fut déployé à mainte reprises. La loi de 1982 pourtant obsolète et raciste qui retira la citoyenneté à ce peuple n’a fait qu’encrer dans les mentalités et nouvelles générations des bouddhistes Birmans une profonde haine raciale et religieuse incitant les groupes nationalistes à la violence. Tous les Bouddhistes de l’Etat d’Arakan ne sont pas haineux envers les musulmans mais beaucoup persistent à penser que les Rohingyas sont la raison à tous leurs problèmes.
Bien que le gouvernement explique que « le but est de contrôler les violences, il ne s’agit que d’une séparation temporaire» la réalité en est tout autre.

Les Rohingyas ne peuvent pas se battre, sans armes ni poids politique, ils sont destinés à rester dans ces prisons comme réfugiés sans citoyenneté. Leur seul espoir réside dans la communauté internationale. Voici la lettre qu’ils m’ont transmise :

We, therefore humbly request the United Nations and the International Community to kindly probe into the matter and make an endeavour to recognise our Rohingya community as the national citizen of burma respectfully.
Our another appeal is to deploy for us United Nations Security forces for our life and property’s protection from United Nations council or otherwise our community will be exterminated day by day by Government extremists and Rakhine saboteurs. Rohingyas are being kept like in home custody by now. There is no free movement of Rohingyas to other townside areas. All of the Rohingyas become refugees.

Yours very sincerely

Abdul Jalil

©Jonathan Fontaine